Pour quelle raison avez-vous décidé de publier vos gâteaux sur Instagram ? Selon vous, quels sont les atouts de ce réseau social pour les pâtissiers ?
J’ai créé un compte Instagram afin de faire perdurer mon intérêt pour la pâtisserie. Je suis plutôt touche-à-tout, et j’ai pratiqué plusieurs activités qui ont finalement été des passions éphémères, à l’instar de la peinture. Alors, en publiant les photos et vidéos de mes gâteaux sur Instagram, je me suis dit que cela me motiverait à pratiquer la pâtisserie. À présent, je pâtisse presque exclusivement pour fournir mon compte Instagram, et lorsque je n’ai plus de contenu à publier, je suis incité à élaborer de nouveaux gâteaux. De cette manière, je maintiens un bon rythme de production. Je ne pâtisse même pas une fois par mois en ce moment ! Ma façon de procéder pourrait s’apparenter à une « industrialisation », dans le sens où j’optimise les journées consacrées à la pâtisserie. Je réfléchis à une crème pâtissière qui convienne à un chou, un gâteau, une grande tarte et une tartelette, ce qui me permet de préparer tous ces desserts à la fois. Dès lors, en l’espace d’un week-end, je réalise trois ou quatre créations originales.

Ce qui signifie que vous pâtissez sur votre temps libre et que vous exercez une autre activité ?
Oui, tout à fait. Je possède une entreprise de communication spécialisée dans le domaine culinaire du nom d’Ümami, à destination des marques et de leurs réseaux sociaux. Je travaille entre autres pour la Maison Lenôtre, Häagen Dazs France, Rungis et Ponthier. Cette année, j’ai également accompagné l’équipe de France à la Coupe du monde de la pâtisserie en réalisant les vidéos diffusées avant les épreuves.
Est-ce grâce à cette activité que vous avez débuté la pâtisserie ?
J’ai commencé à pâtisser avant de travailler dans ce domaine. Cela fait deux ans que j’ai créé mon entreprise, car mon compte Instagram m’a permis d’obtenir de nombreux contacts dans le milieu culinaire. Il représente une carte de visite convaincante pour les marques et leur prouve que je maîtrise les codes de la communication sur les réseaux sociaux. Dans ce contexte, le nombre d’abonnés exerce une influence indéniable, mais cela exige un travail quotidien.
« Je suis attentif à l’harmonie des couleurs, prenant pour principe qu’il suffit d’observer la nature pour la comprendre. »
Comment abordez-vous cet aspect d’Instagram ?
Certaines personnes me soutiennent depuis longtemps et j’ai même eu l’occasion de les rencontrer sur des salons. Instagram est un réseau social, cela signifie qu’il est essentiel d’être dans l’interaction et de ne pas uniquement poster du contenu, mais de réagir à celui des autres utilisateurs. Je m’efforce également de répondre à chaque commentaire, car j’estime être redevable envers les personnes qui ont entrepris la démarche de faire une remarque sur mon travail, de me complimenter ou de me poser une question. Par ailleurs, il est nécessaire d’être constant, car il n’y a pas de vacances pour Instagram. Cela provoque une certaine pression. Il est difficile de constater que nos efforts peuvent partir en fumée pour n’avoir pas posté de contenu durant deux semaines…
Avez-vous effectué une formation en pâtisserie ou êtes-vous autodidacte ?
Pendant le deuxième confinement, une promotion de -50% sur un robot pâtissier m’a incité à l’acheter et tout a commencé ainsi ! Cependant, j’ai toujours apprécié de cuisiner, puis, en grandissant, je me suis adonné à d’autres activités, comme la photographie, la vidéo, le graphisme ou encore la peinture. L’aspect esthétique et coloré est ce qui me plaît le plus dans la pâtisserie. Elle s’apparente à de la sculpture comestible et permet de créer de petites œuvres d’art. C’est pourquoi elle se prête si bien à Instagram qui s’enracine dans l’univers de l’image. Elle constitue également un exercice de précision et j’aime essayer, recommencer, quitte à m’énerver tout seul dans ma cuisine pour parvenir à un résultat qui me satisfasse. À présent, j’associe mes deux activités et je fais en sorte que les gens m’identifient facilement à travers mes vidéos. Pour les marques, il est déterminant qu’elles puissent associer un visage à mon travail.

Comment fait-on prospérer un compte Instagram dédié à la pâtisserie ? Quelle stratégie de communication employez-vous ?
Actuellement, le partage de recettes et la vidéo sont les deux éléments qui fonctionnent le mieux. L’essentiel est de publier du contenu à fort potentiel, c’est-à-dire suffisamment intéressant pour que les gens aient envie de l’enregistrer. Cela envoie le signal aux algorithmes qu’ils consulteront à nouveau la publication, ce qui engendrera de nouvelles vues. Par ailleurs, les publications dans lesquelles nous donnons du contenu obtiennent plus de succès, c’est pourquoi j’accompagne mes photos et mes vidéos de mes recettes. Ce ne sont pas les gâteaux les plus complexes qui retiennent l’attention, ce qui est parfois frustrant lorsque nous voyons une vidéo sur un cookie obtenir des centaines de milliers de likes… Les vues ne sont pas corrélées à la qualité des contenus, et toute la question est de choisir entre le nombre de vues et la qualité de ce que nous publions. Mais il est certain qu’un cookie parle davantage aux gens qu’un gâteau contenant plusieurs textures, nécessitant un week-end de travail.
Vous évoquez en particulier l’aspect créatif de la pâtisserie. Cela signifie-t-il que vous dessinez vos gâteaux ?
Oui, tout à fait. Je les dessine dans un carnet en m’inspirant de ce que je repère sur Internet et lorsque je vais manger au restaurant où je découvre des associations de saveurs auxquelles je n’aurais pas pensé. Je suis attentif à l’harmonie des couleurs, prenant pour principe qu’il suffit d’observer la nature pour la comprendre. Les couleurs d’un paysage vont naturellement bien ensemble, c’est pourquoi je suis le rythme des saisons pour associer les couleurs aux fruits, et parfois aux épices. Ainsi, j’essaye d’innover et de recourir à des ingrédients peu explorés, à l’instar de mon Opéra au wasabi. Il est remarquable comme je m’épanouis dans cette créativité pure. Je dirais même que la pâtisserie constitue mon exutoire artistique.
Raphaël Zagnoni
Instagram : @raphael.zagnoni
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Je m’appelle Céline et je suis férue de gastronomie tout autant que de belles-lettres, heureux accord qui ne cesse de m’inspirer depuis plus de quinze ans.